Quand le 2‑5‑3 de Frédéric Collignon défie le 4‑3‑3 de Zizou
Alors que Zinédine Zidane impose le 4‑3‑3 dans le football, son homologue belge Frédéric Collignon, 50 ans, excelle depuis son salon de Liège avec le 2‑5‑3 du baby‑foot, même après s’être retiré du circuit en 2012 et continue à gérer l’entreprise familiale d’exportation automobile tout en restant supporter du Standard.
Mardi passé, à 17 heures tapantes, on a appelé Frédéric Collignon, 50 ans, qui venait de quitter son poste. Il a poliment demandé « Vous pouvez me rappeler dans une demi‑heure ? ». Le gérant d’une boîte familiale d’exportation automobile à Liège est aussi supporter du Standard. Malgré une vingtaine de titres de champion du monde et un prize‑money conséquent, il n’a jamais abandonné son emploi.
Une carrière entre travail et baby‑foot
Après avoir mis un terme à sa carrière de joueur en 2012, il a intensifié son implication dans l’entreprise familiale. « J’avais fait un peu le tour de la question, j’ai envie de dire. J’en avais assez. J’ai quand même joué quelques années, c’est déjà pas mal », raconte l’ex‑numéro 1 mondial. Pendant quatorze ans, il a occupé la première place du classement mondial. Son parcours montre une modestie rare.
Des racines familiales au baby‑foot
Son père était champion de Belgique et sa mère pratiquait également le baby‑foot, ce qui a bercé son enfance. Un baby‑foot Jupiter trônait dans le salon, et il jouait en montant sur les chaises. Il a suivi les tournois dès son plus jeune âge et s’est inscrit dès que l’occasion s’est présentée. Cette immersion familiale a nourri son ambition de jouer à l’étranger.
Les États‑Unis, terre d’apprentissage
Sa première incursion aux États‑Unis a eu lieu en 1995, à Dallas, alors qu’il avait 20 ans. Il se rendait généralement trois fois par an aux USA pour le Hall of Fame Classic de Las Vegas et d’autres tournois. Dès 1998, il a commencé à s’entraîner avec Todd Loffredo, considéré comme le meilleur joueur américain. Avant chaque championnat du monde, il passait quinze jours chez Loffredo, jouant six à sept heures quotidiennes.
Le Mondial américain, scène de gloire
À ses débuts, le seul championnat du monde existait aux États‑Unis, avec les catégories simple, double et mixte. Collignon y a remporté 23 ou 24 titres, selon ses souvenirs, et le considère comme le plus prestigieux. Le prize‑money pouvait atteindre 25 000 dollars, et jusqu’à 900 participants s’affrontaient dans les plus belles salles. Par la suite, des championnats européens ont vu le jour, mais pour lui, le Mondial américain restait la référence.
Récompenses et visibilité
Il se souvient d’avoir gagné une Fiat Panda lors d’un tournoi, même si les taxes d’immatriculation ont dû être réglées. Cette victoire insolite a ajouté une touche de légèreté à sa carrière. En dehors du circuit, il a participé à une publicité pour Nike aux côtés de Claude Makélélé et Guillaume Hoarau. Cette visibilité montre que le baby‑foot peut toucher un public plus large.
Il a été numéro 1 mondial pendant une grande partie de sa carrière, mais il ne suivait pas régulièrement le classement. Il aurait pu vivre uniquement du baby‑foot, mais il a poursuivi des études et a travaillé avec ses parents. Aujourd’hui, certains joueurs sont sponsorisés, non pas par des marques, mais par d’autres joueurs qui « offrent tout » pour former des duos. Ces partenaires prennent en charge frais d’inscription, hôtel, vol et rémunération.
Le contraste entre la discipline tactique de Zinédine Zidane, qui privilégie le 4‑3‑3, et le 2‑5‑3 de Frédéric Collignon, révèle deux approches du jeu : l’une au sommet du football, l’autre au sommet du baby‑foot. Cette dualité souligne la capacité de Collignon à concilier modestie professionnelle et excellence sportive.